Etats généraux des RIP à Deauville-sur-Web

Compte-rendu de Emilie Coquel

Les 19 et 20 mai dernier, se sont tenus les Etats généraux des RIP à Deauville-sur-Web, plateforme mise en place pour faire face à l’interdiction des réunions physiques liée à l’épidémie de Covid-19.

Cette nouvelle édition des états généraux était l’occasion de : (1) tirer les enseignements de la crise sanitaire sur le déploiement des réseaux, (2) faire le point sur les actions d’ores et déjà menées ou en cours et (3) sur celles à mener pour l’avenir.

 

1) Les enseignements tirés de la crise sanitaire

Parmi les principaux enseignements tirés de ces deux jours de débats nourris entre les acteurs du secteur – publics, privés, institutionnels et associatifs – on peut relever en synthèse les points suivants :

* L’ensemble des acteurs présents ont souligné l’exemplarité de la filière qui ne s’est pas interrompue pendant la période de confinement:

  • Fort engagement des acteurs du secteur,
  • Maintien des réseaux en état de fonctionnement,
  • Vive mobilisation, solidarité de l’ensemble des opérateurs.

* En revanche, il est trop tôt pour évaluer précisément les impacts de la crise sur le déploiement des réseaux :

  • Le calendrier de reprise ne peut être établi précisément à ce jour,
  • La relance n’est pas encore d’actualité, tant les effets de la crise ne sont pas encore pleinement absorbés,
  • Si les déploiements reprennent progressivement, le rythme normal ne sera pas retrouvé avant plusieurs mois, les gestes barrières ralentissant nettement les déploiements,
  • La commercialisation des réseaux semble être ce qui va poser le plus problème (point sur lequel la collectivité n’a pas la main).

* La bascule du cuivre à la fibre constitue un enjeu essentiel:

  • La crise a démontré l’importance vitale des réseaux numériques et la nécessité d’accélérer les déploiements de la fibre sur tout le territoire,
  • Le déploiement de la fibre doit se faire sur tous les territoires, y compris ruraux afin d’éviter la crise territoriale et sociale/fracture numérique qui a pu être ressentie pendant la période de confinement,
  • Pour autant, il a également été rappelé que des technologies alternatives à la fibre existent et fonctionnent sur certains territoires (réseau radio par exemple),
  • Un certain consensus semble s’être dessiné autour de la notion de « service essentiel » des réseaux.

* La crise a accentué le développement des usages numériques :

  • Explosion de certains usages pendant le confinement (VOD notamment),
  • Enjeu capital de demain.

 

2) Les actions menées ou en cours

Parmi les principales actions en cours pour surmonter la crise, on peut citer :

  • Le déblocage de fonds publics importants au niveau de certaines collectivités (240 millions par la Région Normandie par exemple).
  • La mise en place par l’ANCT (Agence Nationale de la Cohésion des Territoires) de la plateforme permettant aux opérateurs de télécommunications et aux industriels intervenant sur le déploiement des réseaux de fibre optique et de téléphonie mobile d’échanger avec les collectivités sur les difficultés rencontrées dans les travaux de déploiement, pour faciliter ainsi la reprise/la poursuite des chantiers.
  • La simplification de certaines procédures (ordonnance antennes relais).
  • Le processus d’accompagnement du retour à la normale sur la téléphonie.
  • Le guide de l’OPBTP (Organisme Professionnel de Prévention du Bâtiment et des Travaux Publics) sur la reprise des chantiers.
  • Les avances de trésorerie accordées pendant la crise à certains sous-traitants.

 

3) Les préconisations pour l’avenir

De nombreuses préconisations ont été formulées afin de favoriser la reprise la plus efficace :

* Mener une politique volontariste pour favoriser la reprise des réseaux, politique publique qui doit être prioritaire, un vecteur de la politique de relance:

  • De l’expression du Ministre Julien Denormandie, il faut « faire du secteur un pilier de la relance économique»,
  • Nécessité de mobiliser l’intelligence collective,
  • Mener trois chantiers de front : connectivité / équipements / usages.

* Retrouver un rythme de déploiement cohérent, convenable pour tous:

  • Nécessaire consensus à trouver entre les collectivités et les opérateurs,
  • Aller voir les maires sur le terrain pour surmonter les obstacles.

* Des solutions de financement doivent être trouvées:

  • Créer une plateforme sur les conditions économiques, la tarification,
  • Accélérer le versement du FSN,
  • Créer un fonds de filière en lien avec BPI France.

* Activer les sources d’économies importantes, parmi lesquelles:

  • Accélérer les déploiements des réseaux en façade,
  • Favoriser le mode STOC permettant de sous-traiter le branchement client de l’opérateur d’immeuble à l’opérateur commercial,
  • Créer une base adresse nationale,
  • Développer le télétravail lorsqu’il est possible (véritable politique publique, droit des salariés à organiser).

* Trouver des mécanismes pour gérer les surcoûts (équilibre maître d’ouvrage/opérateur), lesquels ne doivent pas empêcher la reprise.

* Poursuivre la réduction de la fracture numérique, favoriser l’inclusion numérique.

* Poursuivre la simplification des démarches administratives (permissions de voirie à accélérer notamment).

* Accompagner la commercialisation de la fibre.

* Mettre en place un process de contrôle qualité.

* Poursuivre le déploiement des solutions alternatives au THD (réseau radio par exemple).

* Mener, en parallèle du déploiement des réseaux numériques, une politique de gestion, d’hébergement et de stockage des données publiques pérenne:

  • Enjeu public essentiel,
  • Sécurisation des réseaux à améliorer,
  • Nécessité de développer les projets mutualisés de data centers sur le territoire (nécessaire prise de conscience que ces installations sont indispensables).